L’actualité est tellement abondante que je pourrais aborder plusieurs sujets en même temps sans me lasser.

Je pourrais revenir sur le déroulement du procès des 100 jours du président, la condamnation de Vital Kamerhe et consorts et tous les énoncés formels du Ministère public contre lesquels même les moins scéptiques parmi nous exigeraient plus d’enquêtes et de démonstration. Cette préoccupation est légitime certes, mais je pense qu’il y en a qui mérite plus d’attention.

Je pourrais m’attarder sur les marches anti proposition de loi Minaku-Sakata, le caractère provocateur et inopportun de cette proposition de loi dans un contexte d’état d’urgence sanitaire et de tensions politique et socio-économique. Je pourrais analyser les scènes de violence inacceptables et les paroles de menaces de mort « boma députés tika policier » exprimées par la foule sous forme de liberté et en présence des forces de l’ordre. Cette préoccupation est légitime, mais je pense qu’il en y a qui mérite plus d’attention.

Je pourrais également m’attarder sur le bilan économique effrayant du pouvoir actuel, le début du mandat caractérisé par le lancement des projets inachêvés avec comme conséquences directes le ralentissement et la regression de l’activité économique depuis plus de 14 mois.
J’aurais beaucoup de choses à dire sur la gestion de la crise de la Covid-19 et le nouveau programme multisectoriel de relance post-covid 19. Mais en traitant cette question, je me retrouverais encore une fois à n’aborder qu’une partie du problème.

Je pourrais revenir sur les promesses faites à la jeunesse par rapport à l’emploi et l’entrepreneuriat au début du mandat. Je pourrais écrire des phrases compliquées et non-édifiantes du type « Grâce au roi, les rêves de jeunes se sont transformés en rêve, le chômage se porte mieux et si tout va bien, tout est désormais possible, peut-être même le pire ». La condition matérielle de la jeunesse est une préoccupation légitime certes, mais je pense qu’il y en a qui mérite plus d’attention.

La préoccupation du jour est une histoire racontée il y a fort longtemps. C’est celle d’un roi qui se dénude et à qui personne n’ose dire la vérité.

Voilà la véritable préoccupation.

Depuis quelques mois, je vois un roi qui s’oriente beaucoup plus vers ce que le royaume évite le plus depuis l’époque du roi Maréchal. Si je n’avais pas assisté aux dernières nominations, peut-être aurais-je du trouver d’autres mots pour expliquer l’incroyable tableau que le roi tente de nous peindre.

Je suis d’avis que le pays a besoin des nouvelles personnes de qualité pour la matérialisation du changement.
Je suis aussi d’avis que les responsabilités du royaume doivent être confiées à des congolais dont le critère de sélection est objectif et non subjectif.

Malheureusement, depuis le début, les nominations du roi reflètent une passion pour sa communauté ethnique en lieu et place d’une passion pour la nation.

Ce n’est un secret pour personne qu’en des termes statistiques, plus de 70% des nominations du roi depuis le début de son règne sont faites au profit des personnes portant les noms de famille d’un coin spécifique du pays.

Mais le Grand Congo est notre bien collectif, ce qui implique que sa gestion doit également être collective et équitablement représentative.

Depuis un certain temps, je vois un roi qui privilégie la vengeance à la justice. J’ai l’impression qu’il ne cherche pas à résoudre les problèmes mais à prouver qu’il détient l’impérium. Pourtant, la justice qu’il appelle de tous ses voeux, n’est pas simplement construit par l’appareil judiciaire. La justice explique en même temps un sentiment. Le sentiment de faire partie d’un système où l’on est considéré malgré son appartenance.

La vengeance par contre, c’est la volonté de se débarasser du mal par le mal, la volonté de faire souffrir l’autre, de le rabaisser et prendre plaisir à le faire.

Je vois un roi qui puise sa force dans une absence totale de remise en cause des suggestions de ses collaborateurs qui eux, préfèrent encourager l’escalade des tensions et nager dans les eaux troubles.

Je vois des conseillers du roi incapables
de lui demander de se mettre en retrait pour prendre le relais dans la recherche des solutions. Je vois des problèmes que n’importe quel débat démocratique pourrait résoudre aisément se transformer en crises qui hypothèquent l’avenir.

L’histoire politique nous renseigne que dans l’Angleterre du 17ième siècle, le général Oliver Cromwell avait renversé le roi, dissout le parlement et proclamé la république. Mais cette période n’avait pas trop duré. A la mort de Cromwell, le roi qui revint de l’exil ordonna l’exhumation de son corps et sa pendaison dans un lieu public pendant plusieurs jours. C’est ce qu’il faut comprendre par sentiment de vengeance.

Dans le processus de contruction, normalisation ou consolidation de l’Etat de droit, la seule chose qui ne doit jamais, alors jamais changer, c’est l’image visible de la déesse de la justice Themis caractérisée par les yeux bandés et la balance qu’elle tient dans sa main droite…